Le diagnostic de la spondyloarthrite axiale repose traditionnellement sur les critères de l'Assessment in SpondyloArthritis International Society, qui valorisent la présence d'un œdème de la moelle osseuse visible en IRM. Si cet œdème signale une inflammation active, il manque parfois de spécificité et peut conduire à des surdiagnostics. L'identification des lésions structurelles chroniques, telles que les érosions, la sclérose ou l'ankylose, permet d'étayer le diagnostic et d'orienter la thérapeutique. Cette étude se penche sur les nouvelles techniques d'IRM, dites des tissus minéralisés, capables de générer des images s'apparentant à celles du scanner, sans irradiation. L'objectif est de déterminer si cette technologie peut remplacer le scanner pour l'évaluation des lésions structurelles sacro-iliaques, en la comparant à l'IRM pondérée T1 classique et au scanner.
Matériel et méthodes
Cette étude rétrospective monocentrique a analysé les dossiers de cent patients suspectés de spondyloarthrite axiale, examinés entre août 2023 et mars 2025. La population incluait soixante-deux femmes et trente-huit hommes, âgés en moyenne de quarante ans. Chaque patient a bénéficié le même jour d'un scanner des articulations sacro-iliaques et d'une IRM complète. Le protocole a permis de comparer quatre modalités d'imagerie distinctes pour chaque sujet :
- Le scanner dédié aux articulations sacro-iliaques, qui a servi de référence
- L'IRM pondérée en T1
- Le scanner pelvien, à partir d' un examen abdomino-pelvien standard qu'un patient pourrait avoir eu auparavant
- L'IRM des tissus minéralisé ((ici une séquence STARVIBE)
Deux radiologues musculosquelettiques ont évalué indépendamment la présence et la sévérité des érosions, de la sclérose et de l'ankylose sur chaque image, sans connaître le diagnostic clinique final.
Résultats
L'analyse des images a mis en évidence des différences de performance notables entre les techniques.
Pour la détection des érosions, l'IRM pondérée en T1 s'est révélée nettement inférieure au scanner de référence, avec des scores de sévérité systématiquement plus bas.
À l'opposé, l'IRM des tissus minéralisés a fourni des scores d'érosion équivalents à ceux du scanner de référence, démontrant une excellente sensibilité. Le scanner pelvien a montré une performance intermédiaire.
Concernant la sclérose osseuse, l'IRM pondérée en T1 a de nouveau sous-estimé les lésions. Le scanner pelvien, quant à lui, a eu tendance à surestimer la sclérose, ce qui réduit sa spécificité et engendre des faux positifs. L'IRM des tissus minéralisés est restée l'alternative la plus précise, avec des résultats très proches du scanner de référence (écart de seulement trois pour cent).
Pour la détection de l'ankylose, l'IRM des tissus minéralisés et le scanner pelvien ont tous deux atteint une sensibilité de 100 %, surpassant l'IRM T1 qui a manqué plusieurs cas.
Enfin, le scanner dédié demeure l'examen offrant le plus haut niveau de confiance diagnostique aux radiologues, suivi par le scanner pelvien, tandis que les deux modalités d'IRM inspiraient une confiance légèrement moindre.
Discussion
Les données indiquent que l'IRM pondérée en T1 seule ne permet pas une évaluation fiable des lésions structurelles de la spondyloarthrite axiale, principalement en raison de sa faible sensibilité pour les érosions. L'IRM des tissus minéralisés s'impose comme l'alternative la plus performante au scanner dédié. Elle offre une précision diagnostique quasi identique pour les érosions et l'ankylose, tout en supprimant totalement l'exposition aux radiations, un avantage majeur pour cette population de patients souvent jeunes. Le scanner pelvien standard, bien qu'utile s'il est déjà disponible dans le dossier médical, souffre d'un manque de spécificité dû à la surestimation de la sclérose, ce qui limite son usage comme outil diagnostique unique.
L'intégration systématique des séquences d'IRM des tissus minéralisés dans les protocoles d'examen des articulations sacro-iliaques apparaît donc comme une évolution nécessaire pour améliorer la détection des dommages structurels sans irradiation supplémentaire.
Gillet R, Obeid S, et al. Diagnostic performance of pelvic CT, T1-weighted MRI and mineralized-tissue MRI for the assessment of structural lesions in sacroiliitis in patients with axial spondyloarthritis. Diagn Interv Imaging. 2025.
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