Publié dans la revue JAMA Internal Medicine, cet article explore la problématique des anomalies de la coiffe des rotateurs détectées à l'IRM : sont-elles véritablement le reflet d'une pathologie, ou constituent-elles le plus souvent des modifications liées à l'âge, dépourvues de signification clinique ?
Il s'agit d'une étude transversale en population générale, conduite en Finlande de février 2023 à avril 2024. 602 adultes âgés de 41 à 76 ans, tirés au sort à partir de la cohorte nationale Health 2000, ont bénéficié d'une évaluation clinique standardisée ainsi que d'une IRM bilatérale des épaules réalisée à 3 Tesla. Les participants ont répondu à des questionnaires validés portant sur la douleur et le handicap et ont été examinés par des chirurgiens orthopédiques expérimentés. Chaque épaule a été classée selon le niveau le plus sévère d'anomalie détectée : tendons normaux, tendinopathie, rupture non-transfixiante ou rupture transfixiante. Les participants ont été répartis en deux groupes selon la présence ou l'absence de symptômes dans la semaine précédant la visite.
Résultats principaux
Prévalence des anomalies dans la population générale
Les anomalies de la coiffe des rotateurs sont quasi universelles : 98,7 % des participants présentaient au moins une anomalie à l'IRM. La répartition était la suivante : 25 % de tendinopathies, 62 % de ruptures non-transfixiantes et 11 % de ruptures transfixiantes. Le tendon le plus fréquemment atteint était le supra-épineux (98 % des cas), suivi de l'infra-épineux (86 %), du subscapulaire (83 %) et du teres minor (11 %). Seuls 7 participants sur 602 (1,3 %) présentaient des tendons strictement normaux.
Évolution avec l'âge
La prévalence et la sévérité des anomalies augmentent nettement avec l'âge. La tendinopathie est la lésion la plus fréquente avant 55 ans, tandis que les ruptures (non-transfixiantes ou transfixiantes) deviennent prédominantes à partir de 55 ans. Aucune rupture transfixiante n'a été observée avant 45 ans, mais leur prévalence passe de 4 % dans la tranche 45-49 ans à 28 % chez les personnes de 70 ans et plus. Aucune différence significative n'a été observée entre hommes et femmes.
Comparaison entre épaules symptomatiques et asymptomatiques
Parmi les 1 204 épaules examinées, 90,6 % étaient asymptomatiques et 10,4 % étaient symptomatiques.
Les anomalies étaient présentes dans 96 % des épaules asymptomatiques et dans 98 % des épaules symptomatiques, soit une différence de 1,8 % seulement, non significative.
La tendinopathie et la rupture non-transfixiante n'étaient pas plus fréquentes dans les épaules douloureuses. Seules les ruptures transfixiantes étaient légèrement plus fréquentes dans les épaules symptomatiques (14,6 %) que dans les épaules asymptomatiques (6,5 %), mais cette différence disparaissait entièrement après ajustement sur les données cliniques (résultats des tests cliniques de la coiffe) et sur les autres anomalies détectées à l'IRM.
Par ailleurs, 78 % des ruptures transfixiantes identifiées se trouvaient dans des épaules asymptomatiques.
Discussion
Ces résultats remettent en question l'interprétation habituelle des anomalies de la coiffe des rotateurs comme des lésions pathologiques nécessitant une intervention. Compte tenu de la prévalence extrêmement élevée de ces anomalies dans la population générale (approchant 100 % après 50 ans), la simple détection d'une anomalie à l'IRM n'a qu'une valeur diagnostique limitée. La probabilité d'anomalie est tellement élevée qu'un résultat positif ne permet pas d'établir un lien de causalité avec les symptômes, sauf en cas d'événement traumatique clairement identifié, de perte de force aiguë ou de déficit fonctionnel persistant.
Les auteurs plaident pour un changement de vocabulaire : plutôt que de parler de « rupture » (terme qui évoque une lésion traumatique nécessitant une réparation), ils recommandent d'utiliser des termes moins alarmants tels que « altération structurelle » ou « dégénérescence », susceptibles de réduire l'anxiété des patients et de limiter le recours aux interventions inutiles.
Cette étude démontre que les anomalies de la coiffe des rotateurs à l'IRM sont présentes chez la quasi-totalité des adultes de plus de 40 ans, qu'ils aient ou non des douleurs d'épaule. Ces anomalies doivent être considérées comme des modifications liées à l'âge plutôt que comme des pathologies, et leur présence seule ne doit pas guider les décisions thérapeutiques.
• La concordance entre les anomalies détectées à l'IRM et la présence de douleur est très faible : même les ruptures transfixiantes sont retrouvées dans 78 % des cas sur des épaules totalement asymptomatiques.
• Face à une douleur d'épaule non traumatique, l'imagerie systématique expose au risque de surdiagnostic et de surtraitement, et devrait être réservée aux situations où le contexte clinique le justifie.
Ibounig T, Järvinen TLN, et al. Incidental rotator cuff abnormalities on magnetic resonance imaging. JAMA Intern Med. Published online February 16, 2026.
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