La terminologie utilisée pour décrire les lésions méniscales en IRM varie considérablement selon les équipes, les institutions et les publications. Cette hétérogénéité nuit à la communication entre radiologues et chirurgiens, complique l'interprétation des études cliniques et peut avoir des conséquences directes sur la prise en charge des patients. Un groupe d'experts de la Society of Skeletal Radiology (SSR) a entrepris de dresser un état des lieux de ces incohérences et de proposer des recommandations concrètes pour standardiser le compte rendu IRM des ménisques du genou. L'article est publié dans Skeletal Radiology en juin 2026.
La SSR a constitué un groupe de travail interdisciplinaire (12 radiologues musculosquelettiques et 2 chirurgiens orthopédiques, tous experts de la pathologie méniscale) chargé d'évaluer la variabilité des termes utilisés dans la littérature et de formuler des recommandations pour une nomenclature IRM standardisée, dans deux domaines : l'anatomie méniscale et ses variantes d'une part, les déchirures méniscales et leurs signes associés d'autre part.
L'analyse de la littérature a été répartie entre sous-groupes thématiques, chargés d'identifier les incohérences terminologiques, de synthétiser les données disponibles et de proposer des recommandations préliminaires. Le document final a été soumis à la révision et à l'approbation de l'ensemble du panel.
Anatomie et variantes
Chaque ménisque devrait être décrit en cinq segments — racine antérieure, corne antérieure, corps, corne postérieure et racine postérieure — et non en trois comme cela était historiquement le cas.
La définition de la racine méniscale elle-même fait débat : une conception strictement anatomique la limite à l'insertion tibiale, tandis qu'une conception arthroscopique plus large englobe jusqu'à un centimètre de tissu méniscal adjacent. Pour la racine postérieure du ménisque médial, c'est cette définition élargie qui prévaut actuellement dans la littérature.
Concernant la vascularisation, le ménisque peut être décrit selon sa localisation radiale en quatre zones : la jonction méniscocapsulaire (zone 0), le tiers externe ou périphérique (zone 1, correspondant à la « zone rouge »), le tiers moyen (zone 2, « zone rouge-blanc ») et le tiers interne (zone 3, « zone blanche »). Les auteurs recommandent d'utiliser les termes anatomiques (tiers latéral, tiers moyen, tiers médial) tout en restant familier de la terminologie rouge/blanc encore très employée en pratique orthopédique.
Pour les structures stabilisatrices, les termes historiques doivent être abandonnés. Les ligaments de Humphrey et de Wrisberg seront désormais désignés comme "ligament méniscofémoral antérieur" et "ligament méniscofémoral postérieur". Les fascicules poplitéoméniscaux, qui ne s'insèrent pas sur l'os et ne peuvent donc techniquement pas être appelés "ligaments", seront désignés comme fascicule poplitéoméniscal inférieur et fascicule poplitéoméniscal supérieur.
Concernant le ménisque discoïde, le critère historique des « trois papillons » (trois images sagittales consécutives de 5 mm montrant une continuité entre les cornes) ne doit plus être utilisé, les protocoles IRM ayant évolué vers des coupes plus fines de 3 à 4 mm. Le diagnostic repose désormais sur une largeur du corps méniscal égale ou supérieure à 15 mm sur une coupe coronale passant par le milieu du plateau tibial.
Lésions méniscales
La notation numérique du signal intraméniscal (grades 1, 2 ou 3) doit être abandonnée dans les comptes rendus au profit d'une description plus précise. Elle distingue l'anomalie de signal intraméniscale globuleuse et non linéaire (fréquente chez les sujets asymptomatiques et associée à des modifications dégénératives), des anomalies de signal linéaires et plus spécifiques d'une pathologie méniscale. Le panel suggère de distinguer les anomalies linéaires rejoignant une surface articulaire, définissant une fissuration méniscale, des hypersignaux linéaires non communiquants mais dont on sait qu'ils représentent un facteur de risque significatif d'évolution vers une authentique fissuration méniscale.
La multiplication des systèmes de classification des déchirures méniscales — plus d'une douzaine depuis 2011 — rend illusoire l'adhésion à un seul d'entre eux. Le panel recommande d'utiliser une terminologie descriptive standardisée (horizontale, longitudinale-verticale, radiaire, complexe), compatible avec la classification de l'International Society of Arthroscopy, Knee Surgery and Orthopaedic Sports Medicine (ISAKOS), qui reste la plus citée.
Parmi les précisions importantes sur les termes de déchirure : le terme "en bec de perroquet", qui résulte d'une fissuration radiaire tournant obliquement dans la longueur du ménisque, est utilisé de façon inconsistante et doit être remplacé par "lambeau" ou "flap vertical". Les termes "complète", "incomplète" ou "partielle" sont sources de confusion car ils peuvent désigner la profondeur, l'étendue radiale ou l'étendue circonférentielle d'une déchirure. Leur emploi doit toujours être accompagné d'une précision sur la dimension concernée.
L'extrusion méniscale doit être mesurée en millimètres sur une coupe coronale passant par le niveau médian du plateau tibial, en précisant le compartiment (médial ou latéral), plutôt qu'en retenant un simple seuil binaire. Le seuil classiquement retenu pour une extrusion médiale pathologique est de 3 mm, mais le débat persiste, ce qui renforce l'intérêt de rapporter la valeur mesurée.
Enfin, les comptes rendus IRM ne doivent pas déterminer l'étiologie (traumatique ou dégénérative), la chronicité (aiguë ou chronique) ou les implications chirurgicales (réparable, stable) d'une déchirure. Les qualificatifs "traumatique" ou "dégénératif" doivent être évités : l'IRM ne permet pas de distinguer une déchirure dégénérative devenue récemment symptomatique d'une déchirure traumatique sur ménisque dégénératif. L'IRM n'est pas un bon prédicteur de la réparabilité, qui est déterminée en per-opératoire. Pour le ménisque postopératoire, le terme "déchirure résiduelle" doit être évité, car il implique un échec chirurgical ; une description morphologique précise est préférable.
• La cotation numérique du signal méniscal et les qualificatifs d'ordre étiologique (traumatique, dégénératif) ou chirurgical (réparable, stable) doivent être abandonnés au profit d'une description anatomique précise et factuelle.
• Dix recommandations pratiques sont proposées, couvrant la segmentation méniscale, les racines, la vascularisation, les stabilisateurs périméniscaux, le ménisque discoïde, les déchirures et leur mesure, ainsi que la conduite à tenir pour le ménisque postopératoire.
Nguyen JC, Gorbachova T, et al. Standardized MRI nomenclature for knee meniscal lesions: SSR consensus panel report. Skeletal Radiology. 2026;55:1711–1732.

