Nouvelles recommandations d'imagerie pour les corps étrangers ingérés ou inhalés chez l'enfant

Rédigé le 25/03/2026
Juliette Coutureau | RadioFocus

L'American College of Radiology a publié en janvier 2026 de nouvelles recommandations d'imagerie pour la prise en charge des enfants suspectés d'avoir ingéré ou inhalé un corps étranger. L'ingestion ou l'inhalation de corps étrangers représente un motif fréquent de consultation aux urgences pédiatriques, avec environ 116 000 nouveaux cas par an aux États-Unis. Ces recommandations, développées par un panel multidisciplinaire d'experts et basées sur l'analyse systématique de la littérature médicale, proposent une approche actualisée privilégiant les techniques d'imagerie les plus performantes tout en minimisant l'exposition aux radiations.

 


 


Contexte épidémiologique et clinique

 

L'ingestion ou l'inhalation de corps étrangers touche principalement les enfants de 6 mois à 5 ans, selon l'American Association of Poison Control.

Les objets les plus fréquemment ingérés sont les pièces de monnaie, généralement radio-opaques et qui transitent sans complication dans le tractus gastro-intestinal. Cependant, 10 à 20 % des cas nécessitent une consultation chirurgicale ou gastro-entérologique, notamment lorsque les objets se logent dans l'œsophage.

Certains corps étrangers présentent des risques particuliers. Les piles bouton, fréquentes dans les jouets, montres et télécommandes, peuvent causer des lésions caustiques œsophagiennes graves, conduisant à des perforations, médiastinites et abcès. Leur incidence a augmenté ces dernières décennies en raison de leur taille plus importante et de leur voltage plus élevé. Les billes d'eau, qui peuvent se dilater jusqu'à 400 fois leur taille initiale au contact de liquide, représentent également un danger émergent d'obstruction intestinale.

L'inhalation de corps étrangers pose des défis diagnostiques significatifs, particulièrement chez les enfants de moins de 3 ans, vulnérables en raison de leur curiosité naturelle, de leur capacité limitée à mastiquer et de leur mécanisme de déglutition immature. Les objets aspirés se retrouvent le plus souvent dans la bronche souche droite. Les jeunes enfants inhalent typiquement des aliments comme les cacahuètes ou graines de tournesol, tandis que les plus âgés aspirent des objets non organiques comme des pièces en plastique. Les symptômes peuvent être vagues, allant de sifflements et toux aigus ou chroniques à des pneumonies récurrentes.

 

Recommandations pour l'imagerie initiale

 

Pour les enfants suspectés d'avoir ingéré ou inhalé un corps étranger, les radiographies du cou, du thorax, de l'abdomen et du bassin sont généralement appropriées comme imagerie initiale. Ces examens permettent d'identifier la présence et la localisation d'un corps étranger avalé ou inhalé. Chez les jeunes enfants, l'abdomen et le bassin peuvent souvent être acquis en une seule vue antéropostérieure.

 

Corps étrangers ingérés

 

Les radiographies présentent une valeur prédictive positive proche de 100 % pour les corps étrangers radio-opaques comme les pièces de monnaie ou les piles. La combinaison de clichés de face et de profil du thorax aide à différencier les pièces de monnaie des piles bouton. Les piles bouton montrent un double anneau circonférentiel symétrique sur la face et un aspect bilaminaire en escalier sur le profil, alors que les pièces présentent un seul anneau. Les radiographies de profil du cou sont particulièrement utiles pour identifier les arêtes de poisson retenues, visibles comme une opacité linéaire dans les tissus mous prévertébraux.

Le scanner est devenu un outil très utile dans l'évaluation des corps étrangers ingérés radiotransparents dans la population pédiatrique et plusieurs institutions l'ont adopté comme modalité d'imagerie de première ligne dans ce contexte. Chez l'adulte, le scanner a démontré une sensibilité de 100 %, une spécificité de 92,6 %, une valeur prédictive négative de 100 % et une valeur prédictive positive de 97,9 %.

 

Corps étrangers inhalés

 

La sensibilité et la spécificité des radiographies pour le diagnostic d'inhalation de corps étranger varient considérablement, de 35,2 à 45,3 % pour la sensibilité et de 88 à 92,7 % pour la spécificité. La plupart des corps étrangers aspirés étant radiotransparents, il faut rechercher des signes indirects d'obstruction des voies respiratoires comme l'hyperinflation, l'atélectasie, le pneumothorax ou le déplacement médiastinal.

Le scanner thoracique sans injection de produit de contraste à faible dose peut également être approprié dès l'imagerie initiale lorsqu'il existe une forte suspicion de corps étranger radiotransparent. Cette technique présente une sensibilité de 98,8 % et une spécificité de 96,6 % pour le diagnostic d'inhalation de corps étranger. Les images peuvent être reformatées dans plusieurs plans, et les reconstructions en bronchoscopie virtuelle 3D augmentent encore la sensibilité et la spécificité à 99,4 % et 99 % respectivement.

Les radiographies thoraciques en décubitus latéral bilatéral sont généralement non appropriées. Une étude comparative sur 328 patients a montré que l'ajout de vues en décubitus augmentait les faux positifs sans améliorer les vrais positifs, n'apportant aucun bénéfice clinique supplémentaire.

 

Stratégies d'imagerie après radiographies initiales négatives

 

Corps étranger ingéré

 

Lorsqu'un corps étranger ingéré est suspecté mais non visible sur les radiographies initiales, le scanner thoracique sans injection de produit de contraste est généralement approprié comme examen suivant. Cette technique offre de nombreux avantages par rapport à l'œsophagogramme fluoroscopique, notamment une acquisition d'image non dépendante de l'opérateur, une réalisation rapide et l'absence de nécessité de contraste intraveineux ou oral.

L'œsophagogramme fluoroscopique peut être approprié et a historiquement été la modalité la plus utilisée dans ce contexte. Cependant, cet examen comporte ses propres risques inhérents. Le contraste oral nécessaire pose un risque d'aspiration et peut interférer avec les procédures ultérieures comme l'endoscopie ou le retrait du corps étranger. Si la présentation clinique est typique, la fluoroscopie n'est pas nécessaire et ne doit pas retarder l'endoscopie avec retrait du bolus impacté.

L'échographie abdominale peut être appropriée dans des situations spécifiques, notamment pour l'évaluation des billes d'eau ingérées. Bien que ces billes ne soient pas directement visibles à l'échographie, cet examen permet d'identifier les anses intestinales distendues, la dilatation localisée ou les signes d'obstruction causés par les billes. L'échographie peut également être utilisée pour surveiller les complications comme l'invagination, la perforation ou l'inflammation.

 

Corps étranger inhalé

 

Pour les enfants suspectés d'avoir inhalé un corps étranger avec des radiographies initiales négatives, le scanner thoracique sans injection de produit de contraste est généralement approprié. Cette recommandation se base sur les performances diagnostiques élevées du scanner, même en l'absence de détresse respiratoire et lorsque la radiographie thoracique préalable ne révèle rien.

Bien que la bronchoscopie soit considérée comme le gold standard pour le diagnostic d'inhalation de corps étranger, elle présente des taux élevés de faux négatifs et des risques supplémentaires associés à la chirurgie et à l'anesthésie.

L'avènement du scanner à faible dose comme modalité d'évaluation initiale a le potentiel de réduire le besoin de bronchoscopies inutiles.

 

 Les radiographies du cou, thorax, +/- abdomen et bassin constituent l'imagerie initiale appropriée pour les enfants suspectés d'avoir ingéré ou inhalé un corps étranger, avec une excellente performance pour les objets radio-opaques.

 Les radiographies de profil peuvent permettre de différencier pièce et pile bouton (risque de lésions caustiques par les piles).

 Le scanner thoracique sans contraste à faible dose émerge comme l'examen de choix après radiographies négatives, avec une sensibilité et spécificité supérieures à 98 % pour les corps étrangers aspirés, tout en délivrant des doses de radiation inférieures aux méthodes traditionnelles.

 L'imagerie ne doit pas retarder la prise en charge thérapeutique, si l'enfant est dans un état sévère.


Meyers ML, Moore MM, et al. ACR Appropriateness Criteria® Ingested or Aspirated Foreign Body-Child. J Am Coll Radiol. 2026;23(1):143-158.

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