L'aspect dit « en cible » en IRM hépatique est partagé par un large éventail de lésions bénignes et malignes. Publiée en janvier 2026 dans Abdominal Radiology, cette revue iconographique propose une classification structurée et un algorithme diagnostique pratique pour ces lésions, dont voici l'essentiel mis en perspective.
Cinq critères définissent l'aspect en cible à l'IRM : un rehaussement artériel périphérique en anneau, un lavage périphérique au temps portal avec rehaussement progressif, un aspect en « œil de bœuf » en T2, une restriction de diffusion prédominant en périphérie (reflet d'une plus haute cellularité) avec des valeurs de coefficient apparent de diffusion plus élevées au centre (traduisant une nécrose ou une fibrose), et enfin un aspect concentrique hypointense en phase hépatobiliaire. Ce motif commun à de nombreuses pathologies impose une analyse multiparamétrique rigoureuse et une intégration systématique du contexte clinique.
Voici quelques questions que l'on doit se poser devant la découverte d'une lésion en cible en IRM :
Première question : y a-t-il de la fièvre ?
La présence d'une fièvre associée à une hyperleucocytose oriente immédiatement vers une cause infectieuse ou inflammatoire, et permet d'emblée de limiter les principaux diagnostics différentiels.
Abcès pyogène. Devant une lésion en cible avec restriction de diffusion maximale au centre (traduisant une nécrose liquidienne) et un halo transitoirement hypointense au temps portal, il faut évoquer en priorité un abcès pyogène. La cavité est franchement hyperintense en T2, et la paroi présente un rehaussement épais typique. Ce halo portal périlesionnel, reflet de l'œdème, est un signe évocateur.
Pseudotumeur inflammatoire. Lorsque le rehaussement est hétérogène, persistant aux temps tardifs (reflet d'une composante fibreuse dominante) et que la lésion paraît encapsulée, la pseudotumeur inflammatoire doit être envisagée. Contrairement à l'abcès, elle peut régresser spontanément ou sous traitement par corticoïdes, ce qui constitue un argument diagnostique rétrospectif précieux. En l'absence de régression sous traitement anti-infectieux, une biopsie est recommandée pour exclure formellement une lésion maligne.
Devant une lésion fébrile avec restriction de diffusion périphérique prédominante et halo hypointense portal, l'abcès pyogène doit être la première hypothèse diagnostique. Si le rehaussement est persistant aux temps tardifs avec une composante fibreuse plus franche, la pseudotumeur inflammatoire devient plus probable.
Deuxième question : y a-t-il une cirrhose ?
Sur foie cirrhotique, toute lésion présentant un aspect en cible doit être considérée comme maligne jusqu'à preuve du contraire. Elle est classée LR-M selon le système LI-RADS, une catégorie qui englobe les lésions malignes mais qui ne peuvent pas être classées comme des carcinomes hépatocellulaires (CHC) de manière non invasive. Elle contient certains CHC, mais surtout les cholangiocarcinomes intrahépatiques, les hépatocholangiocarcinome et des lésions plus rares (métastases, etc). L'enjeu est de les distinguer, parce que les implications thérapeutiques (notamment pour l'éligibilité à la transplantation hépatique) sont très différentes.
Carcinome hépatocellulaire. Devant un anneau artériel épais associé à une capsule rehaussée, il faut envisager un CHC en premier lieu, même en l'absence du profil vasculaire classique. Ce critère, dit mLR-5, permet de suggérer le fait qu'une lésion LR-M est en réalité un CHC, avec une sensibilité de 76,6 % pour les IRM avec produit de contraste extracellulaire. Des signes complémentaires (contenu graisseux intralésionnel, architecture en mosaïque, rehaussement en couronne) renforcent cette orientation.
Cholangiocarcinome intrahépatique. Devant une dilatation biliaire en amont associée à une rétraction capsulaire et un rehaussement retardé centripète, le cholangiocarcinome intrahépatique doit être évoqué en première hypothèse. Un anneau artériel fin (par opposition à l'anneau épais du CHC) et une restriction de diffusion à prédominance périphérique sont des arguments supplémentaires. À la phase hépatobiliaire, un « signe de la cible inversée » peut apparaître : un centre hyperintense (lié à l'accumulation du produit de contraste dans le stroma desmoplastique) entouré d'un anneau périphérique hypointense correspondant à la tumeur viable.
Hépatocholangiocarcinome. Lorsque la lésion présente des caractéristiques hybrides (tantôt évocatrices d'un carcinome hépatocellulaire, tantôt d'un cholangiocarcinome) avec un aspect en cible en T2 et en diffusion, la tumeur mixte doit être envisagée.
Dans tous les cas, la biopsie est indispensable pour trancher avant toute décision thérapeutique.
Une lésion en cible sur foie cirrhotique est classée LR-M. La présence d'un anneau artériel épais avec capsule rehaussée oriente vers un carcinome hépatocellulaire, tandis qu'une dilatation biliaire avec rétraction capsulaire et anneau artériel fin doit faire évoquer un cholangiocarcinome intrahépatique en priorité.
Troisième question : y a-t-il un antécédent tumoral connu ?
Un contexte de néoplasie connue oriente vers des métastases hépatiques, dont un sous-groupe peut présenter un aspect en cible lorsqu'il existe une nécrose ou de la fibrose périphérique, voire une réaction desmoplastique et une zone de tumeur viable en périphérie.
Métastases de tumeurs neuroendocrines. Lorsque des lésions en cible et non en cible coexistent au sein du même foie, surtout si ces lésions sont hyper-rehaussées au temps artériel, des métastases neuroendocrines doivent être évoquées.
Métastases mammaires ou colorectales. Bien que ces métastases soient habituellement hypo-rehaussées, un sous-groupe peut présenter un aspect en cible dont le centre hypointense correspond à une nécrose/fibrose tumorale et l'anneau périphérique à la tumeur viable. La présence d'une rétraction capsulaire (notamment après traitement) renforce l'hypothèse métastatique.
Devant des lésions en cible multiples avec des profils de rehaussement différents dans le même foie, il faut penser aux métastases de tumeurs neuroendocrines.
Quatrième question : quels signes complémentaires accompagnent la lésion ?
Certains signes complémentaires sont suffisamment spécifiques pour orienter fortement le diagnostic, même en l'absence de contexte clinique évident.
Signe de la sucette (lollipop sign). Lorsqu'une branche portale ou hépatique s'effile et s'interrompt au contact de la lésion, il faut évoquer un hémangioendothéliome épithélioïde. Ce signe, reflet d'un engainement vasculaire tumoral, est d'autant plus évocateur lorsqu'il s'associe à des nodules sous-capsulaires multifocaux avec rehaussement en cible.
Signe du vaisseau traversant. Lorsque des branches portales ou hépatiques traversent la lésion sans être déplacées, sténosées ou thrombosées, un lymphome hépatique primitif doit être envisagé. Ce signe traduit le mode de croissance infiltrant du lymphome, qui engaine les vaisseaux sans les détruire, contrairement au carcinome hépatocellulaire, au cholangiocarcinome et aux métastases.
Dilatation biliaire en amont et rétraction capsulaire. Devant une lésion hépatique associant une dilatation des voies biliaires en amont de la tumeur et une rétraction capsulaire en regard de la lésion, il faut évoquer le cholangiocarcinome intrahépatique en première hypothèse. Ces deux signes, lorsqu'ils sont associés, constituent un argument d'orientation fort.
Foyers en hypersignal T1 spontané. Devant des masses hépatiques infiltrantes volumineuses avec des foyers hémorragiques spontanément hyperintenses en T1 et un rehaussement artériel périphérique irrégulier à remplissage centripète incomplet, l'angiosarcome hépatique doit être évoqué, en particulier chez un homme âgé avec un facteur d'exposition connu.
Lésions mal délimitées sans capsule avec rehaussement retardé variable. En l'absence de capsule définie, avec un signal T1 variable incluant des plages hyperintenses hémorragiques et un rehaussement retardé hétérogène, la péliose hépatique doit être envisagée, surtout dans un contexte d'immunosuppression ou de prise de stéroïdes anabolisants.
Cinquième question : où siège la restriction de diffusion ?
La topographie de la restriction de diffusion au sein de la lésion constitue un élément discriminant souvent sous-exploité.
Lorsque la restriction est maximale au centre de la lésion, avec des valeurs de coefficient apparent de diffusion basses au centre, il faut évoquer en priorité un abcès pyogène, dont la nécrose liquidienne est à l'origine de ce signal.
Lorsque la restriction prédomine en périphérie, avec des valeurs de coefficient apparent de diffusion plus élevées, le cholangiocarcinome intrahépatique, l'hémangioendothéliome épithélioïde et les métastases desmoplasiques doivent être évoqués, parce que ce profil reflète une cellularité tumorale périphérique entourant un centre fibrotique ou nécrotique.
Lorsque la restriction est globale et marquée, associée au signe du vaisseau traversant, un lymphome hépatique primitif doit être considéré en priorité, la haute cellularité tumorale étant à l'origine d'une restriction diffuse et intense.
L'algorithme en synthèse
Face à une lésion hépatique en cible, la démarche diagnostique s'articule en cinq étapes successives.
La première consiste à confirmer l'authenticité de l'aspect en cible par la présence d'au moins un critère IRM caractéristique.
La deuxième intègre le contexte clinique : fièvre, cirrhose ou antécédent néoplasique connu.
La troisième analyse les signes associés spécifiques (signe de la sucette, signe du vaisseau traversant, rétraction capsulaire, dilatation biliaire, foyers hémorragiques T1).
La quatrième précise la topographie de la restriction de diffusion (périphérique, périphérique ou globale).
La cinquième et dernière étape, lorsque l'imagerie reste indéterminée après cette analyse systématique, conduit à la biopsie guidée par l'image.
• Certains signes radiologiques complémentaires ont une valeur d'orientation forte : le signe de la sucette pour l'hémangioendothéliome épithélioïde, le signe du vaisseau traversant pour le lymphome, la dilatation biliaire avec rétraction capsulaire pour le cholangiocarcinome intrahépatique, et l'anneau artériel épais avec capsule rehaussée pour le carcinome hépatocellulaire.
• Sur foie cirrhotique, un anneau artériel épais associé à une capsule rehaussée permet de considérer une lésion LR-M comme étant probablement un carcinome hépatocellulaire. Une biopsie reste toutefois nécessaire.
Maldonado Schoijet I, Retamales Rojas K, et al. Focal "targetoid" liver lesions on MRI: a diagnostic and practical imaging approach. Abdom Radiol. 2026.